Pourquoi faire des relations presse alors que les Français se méfient des médias ?
À quoi bon investir dans les relations presse si une partie importante des Français ne fait plus confiance aux médias ?
La question mérite d'être posée lorsqu’on lit que selon le Digital News Report 2026 publié en juin 2026 par le Reuters Institute, seuls 29 % des Français déclarent faire confiance aux informations la plupart du temps. La France se situe parmi les pays où la confiance dans l'information est particulièrement faible.
A mon échelle, j’ai pu constater que certaines des personnes qui ont suivi mes média training n’avaient pas non plus une grande appétence pour les médias et ont montré une certaine défiance vis-à-vis des journalistes.
Dans ce cas, pourquoi chercher à être présent dans les médias ? La question n'est pas aussi simple qu'il y paraît.
Les études montrent que les Français se méfient des médias. Faut-il les intégrer à votre stratégie de communication? Crédit image : Virginie Jullion
Les Français ne rejettent pas les journalistes
Les chiffres récents invitent en réalité à nuancer le constat. Si l’étude du Reuters Institute est très pessimiste, une autre étude récente apporte un éclairage essentiel. Selon l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), 94 % des Français se déclarent intéressés par l'actualité et 94 % disent s'informer quotidiennement. Mais surtout, 67 % déclarent conserver confiance dans la profession de journaliste.
Le paradoxe est donc intéressant : les Français veulent de l'information et ne rejettent pas le journalisme. Ils se montrent en revanche beaucoup plus critiques à l'égard des médias et de leur manière de produire et de diffuser l'information. Cette distinction change complètement la question que doivent se poser les communicants qui envisagent d’intégrer les relations presse à leur stratégie de communication.
Les relations presse ne consistent pas seulement à « faire parler de soi »
Des relations presse efficaces ne peuvent pas avoir pour objectif d’être présent dans tous les médias, ni même d’avoir un article dans le même média tous les mois. Les relations presse sont un travail de long terme. Parce qu’obtenir un article ponctuellement tous les trois ans, ne permettra pas d’atteindre vos objectifs de construction de votre réputation. Il s’agit avant tout de mettre à disposition des journalistes une information pertinente. Ils vont ensuite la vérifier, la contextualiser et la transmettre à leur audience. Et c'est précisément sur ces points que les Français sont devenus plus méfiants. Dans une information il y a le fond (l’information en question) et la forme (la contextualisation et la transmission).
Dans un environnement saturé de contenus, de publications sponsorisées, de communications institutionnelles très lisses, de vidéos et désormais de contenus générés par l'intelligence artificielle, l'information identifiée comme réellement journalistique a une valeur particulière.
Le travail fait sur une information traitée de manière journalistique bénéficie encore d'un cadre professionnel : une rédaction, un journaliste, des sources, des vérifications et l’engagement d’une responsabilité éditoriale.
Les relations presse permettent donc à une entreprise ou une organisation de ne pas uniquement parler d'elle-même, mais de proposer des informations susceptibles d'être utiles au public de ses médias cibles. Grâce aux relations presse, les entreprises font partie de la conversation médiatique.
L’enjeu : la qualité de l'information transmise
C'est ici que les entreprises ont une responsabilité. En fonction du type de public que vous souhaitez toucher, vous allez cibler des médias et des journalistes plus ou moins spécialisés.
Tous les journalistes ne sont pas spécialistes de tous les secteurs sur lesquels ils doivent couvrir l’information. Même dans les grandes rédactions, où on trouve le plus de journalistes spécialisés, il peut arriver qu’ils doivent traiter dans la même journée des informations concernant une entreprise industrielle, une innovation technologique, une décision gouvernementale ou une évolution réglementaire. Bon, sur cette journée-là, ça fait quand même beaucoup. Mais dans certaines rédactions numériques, les journalistes doivent parfois rédiger trois news dans la journée et continuer de faire des recherches sur un autre sujet de fond qui fera plus tard l’objet d’un grand dossier.
Il doit donc comprendre rapidement un sujet qui est complexe. Et c’est là que le rôle des experts en entreprise devient central. Si l’entreprise lui fournit des informations imprécises ou des chiffres incomplets, que le porte-parole utilise un vocabulaire très technique ou des réponses approximatives que le journaliste devra aller vérifier, alors l’entreprise augmente mécaniquement le risque d'incompréhension, malgré sa volonté de participer à la conversation médiatique.
C’est ainsi qu’une incompréhension pendant un échange peut ensuite devenir une information erronée mais publiée.
Former les dirigeants, porte-paroles et experts à la prise de parole médiatique ne consiste pas à leur apprendre à « manipuler » un ournaliste ou à contourner ses questions. C'est exactement l'inverse.
C'est leur apprendre à être plus clairs, plus précis et plus à l’écoute de la compréhension du journaliste. C’est anticiper les messages à partager afin que l’entretien soit fructueux aussi bien pour le journaliste que pour l’entreprise.
Se former à parler aux journalistes, c'est avant tout mieux informer le public
Un bon média training devrait apprendre à un porte-parole à distinguer ce qu'il peut dire de ce qu'il ne doit pas dire, à vérifier un chiffre avant de l'annoncer en entretien, à expliquer simplement une notion complexe si le journaliste n’est pas spécialiste du sujet.
Il devrait également lui apprendre à ne pas répondre à une question difficile sans chercher à l'esquiver systématiquement. Oui, c’est possible.
Car le journaliste n'est pas l'ennemi de l'entreprise. Son rôle est précisément de poser les questions que son audience pourrait se poser. Et plus le porte-parole est préparé à y répondre correctement, plus l'échange a de chances de produire une information fiable et compréhensible dont l’entreprise sera satisfaite.
Cette exigence est d'autant plus importante que les Français disposent aujourd'hui d'une multitude de sources d'information. Selon l'Arcom, quatre Français sur dix s'informent quotidiennement sur les réseaux sociaux et 20 % utilisent au moins une fois par semaine des outils d'intelligence artificielle pour s'informer.
L'information ne disparaît donc pas. Elle se multiplie. Elle circule plus vite.
Alors, pourquoi faire des relations presse ?
Justement parce que la confiance est devenue rare.
Dans un monde où les influenceurs peuvent eux-mêmes devenir un média, et où chacun peut publier une information, commenter une actualité ou produire du contenu, les entreprises ont tout intérêt à contribuer à un écosystème informationnel de meilleure qualité.
Faire des relations presse signifie accepter le regard extérieur que portent les journalistes, leurs questions, leurs vérifications et parfois leurs contradictions.
Et cela suppose aussi de leur fournir les meilleures informations possibles. Plus les échanges entre entreprises et journalistes gagneront en qualité, moins le risque d'incompréhension, de déformation ou d'information erronée sera important.
La confiance dans les médias ne se décrète pas. Elle se construit, entre autres, par la qualité du travail journalistique, mais aussi par la qualité des informations que les entreprises mettent à la disposition des journalistes.
J’ai travaillé dans le monde de la communication et des relations presse pendant près de 20 ans et aujourd’hui, j’ai choisi de me spécialiser dans l’accompagnement à la création de maison des messages et le média training. Suivez-moi pour en savoir plus sur mes expériences et parlons-nous si vous souhaitez que je vous forme à la prise de parole en public ou à l’exercice de l’interview médiatique.