Les journalistes racontent des histoires, racontez leur des histoires !

Aujourd’hui, je suis tombée sur le post LinkedIn d’une roboticienne qui s'insurge (à raison) contre le traitement médiatique d’une agression sexuelle. En Allemagne, un robot, opéré par deux adolescents, aurait agressé sexuellement une jeune fille. Voilà qui n’est pas banal, en plus d’être écœurant et consternant. Et le reproche fait aux journalistes porte essentiellement sur la manière de présenter ce fait divers. Voilà ce que je trouve sur Google actualité : 

Chez 20 minutes Un robot arrêté pour agression sexuelle présumée en Allemagne

Chez Libération Fait divers Allemagne : ouverture d’une enquête pour agression sexuelle d’une adolescente à l’aide d’un robot

Chez France 24 Allemagne : un robot soupçonné d'agression sexuelle, la police ouvre une enquête

Chez BFM Allemagne: un robot arrêté après une agression sexuelle présumée sur une adolescente de 16 ans

Essentiellement des titres putaclic dont l’objectif évident est d'attirer l’internaute. Mais qui peuvent induire en erreur le lecteur qui n’est pas attentif et celui qui n’ira pas lire les articles, ni creuser jusqu’à retrouver les vidéos qui montrent les faits (car, évidemment, il y a des vidéos). Et c’est ainsi que naît une énième rumeur qui fait peur autour de l’IA. 

Avant d’approfondir sur l’angle que j’ai choisi, rétablissons les faits. 

  • Factuellement, la police a confisqué un robot. Il n’a pas été arrêté.

  • Factuellement, le robot se retournait dès qu’il croisait une femme dans la rue. 

  • Factuellement, le robot qui fait 1,20m de hauteur à été en contact physique avec des passantes qui ne s’y attendaient pas étant donné qu’il était derrière elles. 

  • Factuellement, le robot reproduisait des gestes qui peuvent être qualifiés d'obscènes devant des passants et des passantes. 

  • Factuellement, deux jeunes hommes filmaient les interactions entre le robot et les passant(e)s et les diffusaient en direct. Et ce sont ces deux jeunes hommes qui sont accusés et poursuivis. 

  • Factuellement, le robot a été programmé ou était opéré par son propriétaire, pour avoir ce type de comportement afin de créer des vidéos choquantes diffusées sur les réseaux sociaux.

Mais voilà, que deux garçons soient poursuivis pour ce type de fait, c’est écœurant, mais c’est  une histoire tristement banale. Et donc ça ne fait pas vendre des journaux (AKA : ça ne fait pas monter notre audience / ça ne fait pas vendre de la publicité).

Le pouvoir du storytelling

Si on garde ce triste exemple, les journalistes auraient pu titrer leurs articles ainsi : 

  • Allemagne : Deux garçons poursuivis pour avoir forcé un robot à exécuter des gestes obscènes sur des mineures apeurées.

Tout de suite, l’histoire prend une autre tournure. 

Alors que dans les titres précédents nous avions un bourreau non humain et une jeune victime, désormais, nous avons au moins deux victimes (le robot car il est humanisé malgré son statut d’objet et les jeunes filles) et deux bourreaux, eux, très humains. C’est plus complexe, plus factuel, mais c’est moins sensationnel, donc ça fera moins vendre. 

Parce que les journalistes vendent des histoires! L’information nous est racontée sous la forme d’une histoire et le journaliste, s’il n’en est pas l’inventeur, en est le narrateur. Une fois qu’il a collecté toute une liste de faits, il sera guidé par deux questions pour restituer l’information : “Quelle est l’histoire que ça raconte?” et “Qu’est-ce qui est nouveau?” 

Car, pour qu'elle soit lue, il ne faut pas que l’histoire soit identique à des centaines d’autres. Or, des garçons qui maltraitent des filles, c’est une histoire vue et revue sauf qu’ici, il y a une originalité, un robot qui sert “d’intermédiaire” à la maltraitance. Voilà l’angle idéal pour dédouaner les bourreaux de toute responsabilité : c’est le robot qui est en faute, c’est lui qui est coupable des faits qui sont reprochés, c’est sur lui qu’on titre ! A noter: dans les grands médias, souvent les journalistes qui rédigent les articles ne sont pas ceux qui rédigent les titres de ces mêmes articles. Il y a un service dédié pour cela.

Pour une entreprise ou un élu, que faut-il comprendre de cet exemple ? Tout simplement, que vous pouvez avoir le pouvoir sur le storytelling. Et c’est le titre de cet article : les journalistes racontent des histoires, racontez-leur des histoires !

Quelles histoires faut-il raconter ?

Depuis quelques années, la période Covid essentiellement, le grand public manifeste son mécontentement face au nombre exponentiel d’informations angoissantes et à caractère négatif. Ce ras-le-bol des audiences s’est traduit d'une part par un réel désintérêt pour les médias. Suivi par la création et le maintien de certains fils d’actu dédiés aux bonnes nouvelles comme l’explique très bien cet article de La revue des médias (INA) datant de juin 2025. 

Les médias plus récents comme les plateformes d’Hugo décrypte qui s’adressent à de jeunes publics l’ont entendu et ils ne manquent pas de toujours mettre en avant “la bonne nouvelle de la semaine”. Et bien d’autres newsletters et comptes sur les réseaux sociaux qui se font un point d’honneur à ne parler que de belles histoires. Si certains parlent d’un journalisme de solutions et d’information positive, le mouvement des bonnes nouvelles a été et est toujours un moyen de limiter les désabonnements voire de conquérir de nouvelles audiences qui ont une appétence pour autre choses que “des choses qui ne vont pas”. Car parler de ce qui va, le positif, permet de rester crédible lorsqu’on parle de ce qui ne va pas. 

La preuve en chiffres. Une étude Media Rating de Kantar/366 de 2024 indique que 67% des Français interrogés déclarent avoir confiance dans les médias locaux. Dans cette étude la presse régionale est présentée comme le média le plus utile, grâce à l’alliance d’information de proximité, d’actualités exclusives et d’informations de service local. 

Dans un précédent article, je posais la question : “Pourquoi faire des relations presse alors que les Français se méfient des médias ?” Je vous invite à le lire pour avoir plus de chiffres, mais je pense que l’une des réponses que j’aurais pu apporter à ce questionnement est justement : pour partager de bonnes nouvelles et de belles histoires. Évidemment, le journaliste aussi va enquêter sur ces histoires, et heureusement, car c’est son rôle.

Lorsqu’on est une entreprise et qu’on vend des produits ou des services, il y a des faits et des messages autour desquels il est possible de construire des histoires. Vos produits ou vos services présentent des avantages qui aident et facilitent la vie de vos clients. Ils apportent des solutions concrètes à des problèmes réels. Si vous cherchez à recruter, vos salariés en poste sont vos meilleurs ambassadeurs pour montrer et expliquer leur quotidien ou leurs reconversions. Elles sont là vos histoires. Et les histoires sont la meilleure manière d’illustrer les messages que vous souhaitez faire passer à vos clients et prospects. Ce sont des histoires vraies qu’il vous faut simplement identifier et écrire.

Lorsqu’on est un élu, c’est le même principe. Vous êtes au service de la communauté, charge à vous de montrer comment vos actions ont été faites au bénéfice des citoyens et de leur environnement, dont vous défendez les intérêts. Surtout qu’un des reproches qui est souvent fait aux élus est de ne pas tenir leurs promesses de campagne. Si vous, contrairement à d’autres, les avez tenues, ce n’est pas de l’humilité que de le cacher. Vos collectivités regorgent d’histoires marquantes et positives qui ne demandent qu’à être racontées. Et les journalistes en sont friands, autant les nourrir ! 

Raconter des histoires pour manipuler les journalistes ?

J’en reviens à la mission que je me suis fixée : Améliorer les performances des porte-paroles pour dessiner un paysage médiatique plus sain. C’est ambitieux, naïf et un peu prétentieux. J’assume et je le revendique.

Raconter des histoires ne devrait pas être réservés aux auteurs de fictions et aux journalistes. C’est pourquoi je milite, à ma manière (très capitaliste car il faut bien manger) pour une meilleure préparation des porte-paroles et des élus qui sont mis sous la lumière des projecteurs. 

Et à mon sens, cela passe par les entraîner à raconter les histoires qu’on veut voir dans la presse. Une entreprise ou un élu ne devrait pas se retrouver dans la rubrique des faits divers pour une histoire vraie qu’il aura raconté. Ou alors ce serait qu’ils y sont quand même allé très fort. Mais je persiste sur un point, la déception ressentie par les porte-paroles, les entreprises et les élus à la publication d’un article ne peut pas être attribuée seulement au travail du journaliste. Si l’information transmise par la source n’était pas de bonne qualité, un article qui raconte la bonne histoire serait de l’ordre du miracle. Comme je le disais dans mon article sur la confiance du public dans les médias, faire des relations presse signifie accepter le regard extérieur que portent les journalistes, leurs questions, leurs vérifications et parfois leurs contradictions. Mais cela suppose aussi de leur fournir les meilleures informations possibles. Plus les échanges entre les journalistes et les entreprises ou les élus gagneront en qualité, moins le risque d'incompréhension, de déformation ou d'information erronée sera important.

Proposer de belles histoires aux journalistes n’est donc pas une tentative de manipulation. Il s’agit de leur mâcher le travail en leur proposant des histoires vraies, positives et incarnées qu’ils pourront vérifier. Cette démarche s’inscrit dans l’aire du temps et répond aux attentes d’un public qui n’en peut plus d’entendre parler de guerre et de diabolisation de l’IA. 

Souvenons-nous que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Écrivons-là ensemble.

J’ai travaillé dans le monde de la communication et des relations presse pendant près de 20 ans et aujourd’hui, j’ai choisi de me spécialiser dans l’accompagnement à la création de maison des messages et le média training. Suivez-moi pour en savoir plus sur mes expériences et parlons-nous si vous souhaitez que je vous forme à la prise de parole en public ou à l’exercice de l’interview médiatique.         

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